Flore Vasseur

Julian Assange

Libération - Avril 2011

Avant d'être l'homme de WikiLeaks, Julian Assange est un hacker. Il a raconté son expérience, au sein de la communauté australienne du hacking à la fin des années quatre vingt, dans un livre, Underground, paru en 1997. Mon éditeur, les éditions des Equateurs, a publié la version inédite en Français de ce livre (j'en signe la préface) en mars dernier. Nous sommes allés remettre son livre à Julian et j'en ai profité pour l'interviewer dans un bed and breakfast de Beccles, où il est en résidence surveillée.Une partie de mon interview de Julian est parue dans Libération en Avril 2011 Julian revient notamment sur le rôle des nouvelles technologies dans les révolutions arabes (et d'une manière générale, dans les soulèvements populaires). Alors que cette question - pour moi majeure - semble évitée par le e-G8, voici donc l'intégralité de notre entretien :

En 1994, vous décidez de consacrer trois années de votre vie à l’écriture de ce livre Underground qui raconte l’épopée des premiers pirates de l’informatique. Pourquoi ?

C’était un univers unique dans lequel j’avais été impliqué et je voulais le montrer au monde entier. J’étais fier de cet environnement, fier de ce que nous avions accompli en tant que communauté de jeunes partout dans le monde. Nous étions en avance sur quelque chose de crucial, avant que l’Internet lui même ne soit accessible à qui que ce soit à part l’armée.

Quelle histoire avez-vous voulu raconter ?

J’ai voulu raconter la façon dont ce réseau international de hackers opérait ainsi que les ressorts psychologiques et les effets sur les personnes impliquées, en Australie mais aussi aux USA.

Qui étiez vous à l’époque ? Comment viviez vous ?

Quand j’ai écrit ce livre, c’était une époque particulière de ma vie. J’étais très jeune, 21, 22 ans, j’avais créé l’un des premiers fournisseurs d’accès en Australie, le seul en tous les cas où il y avait une liberté de parole totale. Je m’occupais donc de cette société, j’avais des projets en tant qu’activiste et aussi un procès lié à un magazine sur le hacking… bref, c’était une période très intense mais j’étais extrêmement fier de cet environnement incroyable dans lequel j’avais été et je voulais en parler. D’une certaine manière c’était probablement beaucoup trop tôt. Quand le livre est sorti, personne n’avait vraiment entendu parler de l’Internet. Il était un peu trop en avance sur son temps. C’est pour cela que c’est bien de voir ce livre qui raconte les débuts de la première communauté international de l’Underground ressortir maintenant. Au moment même ou l’Underground est en pleine révolution. Avec la politisation des jeunes sur Internet, les hackers eux-mêmes deviennent politiques. Ils ne font plus les choses juste pour l’exploit ou à des fins criminelles. Tout cela est en train de changer et du coup, c’est le bon moment pour se plonger dans les origines du mouvement et de se demander d’où cela vient.

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Effectivement, dans votre livre, les hackers se vivent comme des explorateurs. Aujourd’hui, ils se vivent comme des révolutionnaires. Que s’est-il passé en 15 ans ? Qu’est-ce qui a changé ?

L’Internet est entré dans nos vies, il s’est immiscé dans tous les aspects de la société et lui a apporté ses valeurs. Je me souviens bien de ce moment. C’était autour de 1996, quand les premiers sites internet grand public sont apparus. Vous pouviez voir que l’Internet n’avait qu’une envie, c’était de pénétrer la société. Nous avions nos propres valeurs qui étaient donc un mix des valeurs de ceux qui étaient sur Internet à l’époque : les scientifiques, les étudiants et les hackers. On se demandait comment notre culture allait évoluer en pénétrant la société. La culture de société allait-elle engloutir la notre, ou la culture de l’Internet allait elle modifier la culture de société ? En fait les deux phénomènes se sont passés. Mais maintenant, culture de société et culture de l’Internet ont vraiment fusionné. Les jeunes découvrent le fonctionnement du monde grâce à leurs échanges sur Internet. Ils sont sortis du système de la presse traditionnelle. Ce système est très proche du pouvoir, parce qu’il est lui même puissant et décentralisé. Cette proximité au pouvoir conduit directement à une sélection naturelle des journalistes. Ceux qui survivent dans la presse traditionnelle sont ceux qui pratiquent l’auto-censure. Du coup, les jeunes s’en écartent… Les jeunes grandissent, s’éduquent aujourd’hui d’une manière différente et ce phénomène a maintenant atteint une taille critique. A travers nos publications et notre propre exemple, celui de WikiLeaks, nous avons montré une nouvelle façon de faire. Nous sommes une sorte d’avant garde de ce mouvement. Maintenant qu’il y a toutes ces batailles autour de nous, ces jeunes se rendent compte qu’il y a ici quelque chose ici (la liberté de l’Information, de la parole sur Internet) à chérir. Ils nous protègent non parce que nous leur demandons mais parce que ils se disent que c’est la bonne chose à faire. Et ils protègent et soutiennent des initiatives similaires avec des valeurs similaires. La défense de ces valeurs est devenue quelque chose de très courant pour ces nouvelles générations et cela nous rend très optimistes. C’est quelque chose qui d’après des activistes que j’admire comme Daniel Ellsberg, ne s’est pas passé depuis 68. Nous vivons une nouvelle version de 68. Ce mouvement est endémique, il vient du peuple et le mécanisme qui le promeut vient juste d’apparaître.

Que pensez vous du rôle de collectifs comme Anonymous aujourd’hui ?

Anonymous est vraiment un phénomène intéressant précisément parce que n’importe qui peut s’impliquer, n’importe qui peut dire qu’il est Anonymous, n’importe qui peut participer à des fuites. C’est une organisation très fluide, sans leadership et qui montre qu’il y a une professionnalisation très forte chez les hackers. Même les meilleurs d’entre eux, passent par Anonymous de temps en temps pour faire des choses. Ils sont mieux couverts et peuvent ensuite reprendre leur vie là où ils l’ont laissée. C’est plutôt bien vu et bien fait. On n’a jamais vu un phénomène pareil je crois, à part peut être des religions qui ne seraient basées que sur des livres, sans structure physique, ni église, ni chef, ni organisation véritable. Ici on a une idée et une marque pour faire des choses mais cette idée et cette marque n’appartiennent à personne. Anonymous fait partie de ces mouvements spontanés qui apparaissent aujourd’hui. Ce qui les rend possible et les soutient c’est la facilité d’appropriation de ces pratiques, la vitesse de leur diffusion ainsi que les émotions que les personnes qui y participent ressentent, les amitiés qui se développent. Les valeurs inhérentes sont positives. C’est l’anti-sectarisme. Il y a une vraie fluidité, on entre et sort comme on veut, il n’y a pas de hiérarchie, de personnalisation de qui que ce soit, de pouvoir apparent. Bien sur pour garder toute la force du mouvement et les valeurs bien alignées, il va falloir qu’il y aient des personnalités publiques qui promeuvent ces valeurs. Notre organisation est un exemple de cela : à un certain moment, il a fallu défendre nos valeurs et accepter les conséquences de la personnalisation que cela impliquait tout en prouvant sa force en ne courbant jamais l’échine.

Comment WikiLeaks, les réseaux sociaux et les hactivistes ont-ils selon vous contribué aux récentes révolutions et mouvements de démocratisation au Moyen Orient?

C’est un sujet extrêmement intéressant et complexe. Disons que le Moyen-Orient était comme du bois prêt à flamber. Il y avait cette particularité démographique, celle d’une jeunesse prépondérante, la pénétration d’Internet, des mouvements migratoires entre ces Etats, la TV satellite et le choix éditorial d’Al Jazeera de couvrir et d’enquêter sur ces révoltes. On voit aujourd’hui que ce travail d’Al Jazeera est compromis en Arabie Saoudite et à Bahrein à cause des implications géopolitiques pour le Qatar mais pour la Tunisie et l’Egypte, son travail était excellent. Mais tout cela n’est pas parti tout seul. Tout cela, à nouveau, c’était du bois prêt à flamber. Ce qui a semblé tout déclencher c’est la publication par WikiLeaks de câbles diplomatiques sur ces pays, beaucoup de câbles. Ils ont été repris par des journaux locaux, en arabe, comme El-Akbar au Liban, ou par des clones de WikiLeaks, comme tunisialeaks, en Tunisie qui essaie de relayer notre travail dans la région. Tunisialeaks a traduit nos câbles en français. Du coup, les versions arabe et française de ces câbles se sont diffusées très rapidement en Tunisie dès le début du mois de décembre. Et ceux-ci ne faisaient pas que décrire les problèmes et la corruption du régime Ben Ali mais mettaient aussi en évidence la situation du régime dans toute sa fragilité : les câbles révélaient clairement que s’il y avait un conflit politique entre le régime Ben Ali et l’armée, les Etats-Unis ne soutiendraient pas nécessairement le régime de Ben Ali mais plutôt l’armée. Cela a envoyé un signal fort aux activistes en Tunisie, mais aussi à l’armée, aux partisans de Ben Ali et aussi aux régions avoisinantes. Cela a donné confiance aux activistes. De la même manière, le soutien des occidentaux au régime de Ben Ali a été affaibli par la mise en évidence de cette vision américaine de la corruption du régime. Il est devenu très difficile pour la France de soutenir Ben Ali dès lors que vous aviez l’ambassadeur américain qui affirmait ce qu’était la situation réellement. La même chose s’est passée pour l’Egypte. Un journal national égyptien s’est mis à publier les câbles diplomatiques. A cause de la situation au Sinai, Israël et les Etats Unis voulaient préserver leurs positions. Quand le régime a commencé à tanguer et que Moubarak a été attaqué de toutes parts, Omar Souliman, l’ancien chez des services secrets égyptiens, a été mis en avant par les US et Israël. Et nous, nous avons commencé à sortir les câbles sur Omar Souliman, qui est en fait un type assez terrifiant. Du coup, il est devenu impossible pour les USA de soutenir publiquement Souliman et Moubarak quand leurs propres câbles décrivaient combien ils étaient dangereux et terribles. Par effet ricochet, ce genre de soutien est devenu impossible pour tous les gouvernements occidentaux. Toute cette région est dans une dynamique particulière où les dictateurs se soutiennent les uns les autres. Ce genre de publications et les révoltes internes les ont forcés à se replier sur eux-mêmes et à se concentrer sur leurs problèmes internes au lieu de faire ce qu’ils font d’habitude : s’appuyer les uns sur les autres, entre dictateurs.

Jusqu’où cela peut-il aller ? Pensez vous que cette dynamique révolutionnaire peut toucher le monde occidental, l’Europe, les Etats Unis ?

C’est vraiment un grand espoir pour moi. Au Moyen Orient on a vu des dictateurs tomber et des concessions énormes faites aux populations de la part de dictateurs ou Rois qui s’accrochent à leur règne. Pour rester au pouvoir, ils savent qu’ils vont devoir faire concession sur concession. Au final, c’est ce dont nous avons besoin. Ce qui compte ce n’est pas qui représente l’Etat, mais le niveau de pouvoir que le peuple a, à travers ces concessions. Ce qui s’est passé au Moyen-Orient est très inspirant pour les jeunes en Occident et cela pourrait bien se traduire par un renforcement des mouvements politiques de la jeunesse en ici. Jusqu’où cela va aller ? Je n’en suis pas tout à fait sûr mais en Occident, à cause de la complexité et la sophistication de sa structure politique, c’est plus facile pour les gouvernements de faire des concessions. Je pense que ces régimes ne vont pas être renversés mais seront plutôt obligés à beaucoup de concessions très rapidement.

Comment définiriez vous le pouvoir aujourd’hui et où se trouve-t-il ?

Les informations révélées par Wikileaks ont montré quelque chose d’important. Pas seulement les informations en elles-mêmes d’ailleurs. Nos informations sont toujours liées au passé, même si cela peut être un passé récent. Mais les réponses apportées à nos informations sont toujours liées à quelque chose qui se passe maintenant. Et les réponses à nos informations, malgré les envolées lyriques des politiciens américains sur le premier amendement de la constitution, l’importance de la démocratie, de la liberté de la presse ont été de tenter de nous supprimer, par quelque moyen que ce soit. Par exemple, ils ont demandé à Visa, PayPal, Mastercard de nous contraindre à un embargo économique empêchant les gens de nous envoyer des dons pour nous permettre de rester à flot, de continuer à publier nos informations. Et tout ça, hors de toute procédure judiciaire ou même administrative, juste en forçant Visa Londres, normalement une société britannique, à accéder à leur requête. Le pouvoir de Washington aujourd’hui s’exerce à travers des multinationales, le système et des accords financiers et les agences de surveillance qui sont partout en Occident. Il y a un « empire occidental », pas que Washington, mais aussi Paris, Londres et lorsque quelqu’un parle trop fort, cet empire occidental réagit exactement de la même manière que l’Union Soviétique à l’époque. C’est juste un peu plus sophistiqué. C’est quelque chose que nous pouvons observer parce que tout à coup, il y a eu un peu de lumière dans cette pièce toute noire qui a laissé entrevoir la structure de ce pouvoir. C’est le résultat de la réponse qui a été donné à notre action, pas le résultat de nos publications en tant que telles. Cela devrait nous donner de l’espoir. Il y a des tentatives pour nous censurer et pour censurer les gens qui font la même chose à cause d’une seule chose : la peur. La peur de devoir être réformé. L’un des arguments en faveur de la liberté d’expression en Occident est de dire que cela est constitutionnel, que c’est un droit humain, que la presse est forte ; l’autre est de dire que la liberté d’expression existe parce qu’elle est vécue, utilisée. Les structures de pouvoir de base en Occident ont été largement fiscalisées. Tout cela est très contractuel. L’équilibre politique, les tendances politiques n’ont plus tant d’importance face à tout cela. Ce que dit la presse n’a plus d’importance, la façon dont les gens votent non plus… cela ne changera pas la façon dont le pouvoir opère. Nous avons été capable de prendre la parole de façon si forte toute cette année que cela a commencé à faire bouger cette structure de base. Le fait due les gouvernements soient sortis du bois pour nous faire taire a non seulement révélé la structure du pouvoir aujourd’hui mais aussi l’espoir que si l’on expose la façon dont ce pouvoir fonctionne les choses vont commencer à bouger.

A votre sortie de prison, votre mère vous aurait demandé si tout cela valait le coup ? Que lui avez vous répondue ?

J’ai effectivement pensé à cela quand j’étais en prison, le fait que l’on puisse m’arrêter, même me tuer. Cela m’a plutôt confirmé dans mon choix, m’a rendu plus déterminé. Et finalement vous gérez la situation en vous attachant à faire votre travail. Il y a des milliers de choses à faire, vous n’avez pas le temps de vous attardez trop sur la situation, juste vous demander si la stratégie est la meilleure possible. Oui c’est un travail dangereux, oui la situation dans laquelle je suis est difficile, oui la situation dans laquelle sont tous nos collaborateurs est difficile, il y a la situation de nos sources potentielles, comme celle de Bradley Manning, qui est vraiment terrible. Tout cela est très difficile. Mais d’un autre côté, regardez ce que nous sommes entrain de faire ! Tout cela est très satisfaisant. On a qu’une vie, nous vivons en accord avec nos valeurs et cela semble nous permettre de réaliser des choses. Toute cette satisfaction vaut bien tous ces problèmes.

Vous avez déclaré que vous étiez heureux d’aller en prison car au moins vous auriez le temps de lire un livre. Alors Julian Assange, qu’avez-vous lu durant votre séjour en prison ?

J’ai lu le Pavillon des Cancéreux par Soljenitsyne. Visiblement vous êtes assez passionné par ce genre littéraire (ndla : le confinement, la maladie) pourtant il y a d’autres sujets en littérature… Oui, mais il n’y a pas tant de livres que cela en prison ! J’étais en fait assez surpris de trouver celui-là. J’ai toujours aimé ce genre littéraire, ces luttes… Et j’ai une grande admiration pour Soljenitsyne. Il est né pendant la première guerre mondiale, a combattu lors de la deuxième, a été emprisonné par Staline, a souffert du cancer pendant son exil en Sibérie. Il a réussi à être publié, a vécu sous la surveillance du KGB, a reçu le Prix Nobel de la Paix, a trouvé refuge aux Etats-Unis, où il n’était pas heureux. Du coup, il est revenu en Union Soviétique. Il a vécu une vie de luttes qui n’ont fait que tester la force de son caractère et son engagement et c’est un exemple pour chacun de nous.

Propos recueillis à Beccles le 27 mars 2011

(6) Commentaire(s)

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