Flore Vasseur

Libé des écrivains

L'Europe prend l'eau au Pirée

Numéro spécial du 21 mars 2010

Appelée au chevet des finances grecques, l’Union européenne subit l’épreuve du feu. Elle a peu de chance d’en sortir grandie. Au-delà de l’aspect technique de l’intervention de sauvetage qui sera discutée aujourd’hui et demain à Bruxelles par les dirigeants européens, une formidable bataille idéologico-politico-financière se joue entre l’Allemagne, la France et la finance internationale. Les marchés laissent une dernière chance à l’Union avant de dégommer - ou non - l’euro. Ils veulent une preuve de cohérence, ou même d’entente, entre les pays. C’est tout le contraire qui se dessine.

La chancelière Angela Merkel a mis le feu aux poudres la semaine dernière quand elle a rejeté, après l’avoir accepté en février, le principe de solidarité européenne. Pour l’Allemande, l’Europe n’a pas vocation à renflouer les caisses d’un pays qui aurait truqué ses comptes pour entrer dans l’Union et pour y rester. «L’Europe doit apprendre de la crise», selon son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, soit : sanctionner le non respect du pacte de stabilité et exclure les mauvais élèves. Le durcissement de position de Berlin a stupéfait ses partenaires mais ravi les électeurs allemands. Angela Merkel est aussi dure à l’extérieur que fragile à l’intérieur. La «Femme de fer» plie sous la pression d’une rue chauffée à blanc par une campagne anti-Grèce pilotée par différents groupes de presse nationaux. Ils ont monté en épingle la grandeur du modèle germanique, stigmatisé les comportements financiers grecs, multiplié les amalgames. Les résultats sont là : 70% des citoyens allemands refusent d’aider Athènes. Merkel, qui pourrait bien perdre la majorité au Parlement en mai, a choisi le court terme et son destin personnel. La parade est connue, peu glorieuse et terriblement dangereuse.

Peine perdue. Où sont les Européens ? A Bruxelles bien sûr, en train de s’écharper. On savait que l’euro ne ferait pas l’Europe. Mais s’il n’y a pas de solidarité dans l’Union, à quoi sert-elle ? La monnaie unique était projet d’avenir car elle promettait de se battre à armes égales avec l’Amérique et les puissances asiatiques. Peine perdue. Economiquement, l’Europe sombre, asphyxiée par plus de vingt-cinq ans de «désinflation compétitive». Diplomatiquement, on l’attendait au sommet climat à Copenhague ou à Doha pour l’interdiction de la pêche du thon rouge. Seule son absence fut remarquée.

Dernier affront : attaquée dans son fief, l’Europe s’en remettrait au Fonds monétaire international (FMI). Elle friserait l’humiliation. Au mieux, c’est un camouflet ; au pire, le début de la fin de ce grand projet européen que l’on se désespère de trouver. L’Union admettrait qu’elle n’est pas capable de s’en sortir seule et, aussi, qu’elle est affaiblie comme jamais. Le FMI n’est-il pas docteur ès pays en développement ? N’a-t-il pas désossé la Thaïlande ou l’Argentine, qui ont mis quinze ans à se remettre de ses politiques draconiennes ? Enfin, cette organisation internationale, à gouvernance mondiale, ne va-t-elle pas imposer ses critères de gestion à l’Union qui a elle-même déjà imposé ses critères aux pays ?

Frémir. L’Europe est née pour permettre à ses membres de compter sur l’échiquier mondial, d’exister économiquement et politiquement. Et voilà que l’on s’en remet au FMI, bras armé d’un «mondialisme» qui vise à rendre le monde toujours plus plat et les marchés toujours plus grands. Le loup entre dans la bergerie. Dominique Strauss-Kahn, grand manitou de l’économie mondiale depuis que la crise explose les nations, peut se lécher les babines. Et le Portugal, dont l’agence de notation Fitch a dégradé hier la note, peut frémir.

Longtemps locomotive de l’Europe, le couple franco-allemand semble prêt à l’implosion. L’Allemagne, en jouant cavalier seul, atteste de l’échec de l’Union : cela fait longtemps qu’elle ne compte plus sur ses voisins pour croître. Et avec succès. L’euro, qui reste fort par rapport au yuan et au dollar, pourrait bien devenir un frein à ses exportations. Qui manipule qui ? Les marchés, le politique, la rue ? Merkel voudrait sortir de l’Europe qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. La Grèce, exit strategy d’une Allemagne tiraillée par son destin européen ? A l’annonce de l’ébauche d’un compromis (FMI + prêts bilatéraux), l’euro a commencé à dévisser. A qui profite le crime ? Au-delà de la Grèce, on comprend que la puissance des nations se joue au travers d’une véritable guerre des monnaies. Le politique, coincé entre une opinion publique crispée sur son pouvoir d’achat et des marchés obsédés par la rentabilité de leur placement, ne peut rien.

(8) Commentaire(s)

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