Flore Vasseur

Bioneers

Pionnier d’une nouvelle façon de vivre

Rue 89, Octobre 2008

Longtemps confinée à un public restreint de hippies vieillissants et de bobos amateurs de sensations fortes, le mouvement Bioneers (“la révolution au cœur de la Nature”) a des raisons de croire en son avenir.

L’apocalypse financière mondiale ne réjouit pas uniquement les nostalgiques du communisme, les ennemis de l’Amérique et de sa décadence. Pour Kenny Ansuble et Nina Simmons, pétillants quinquas fondateurs de Bioneers, le grand soir approche. A San Rafael, Californie, berceau de la culture hippie, la conférence annuelle du mouvement surfe sur la vague du siècle propulsée par l’implosion annoncée du libéralisme. « Pendant 20 ans, nous avons été marginalisés, affirme Kenny Ansuble, homme affable au regard doux, rattrapé par sa jubilation. Le marché devait tout solutionner. Devinez quoi ? Ca ne marche pas. Nous nous sommes comportés comme une star de rock dans sa chambre d’hôtel. Nous avons tout détruit. Il faut changer de paradigme ». Bioneers veut “inspirer un changement de vie sur terre qui honore la richesse et la complexité de la vie, de chacun et des générations futures”. Le visage de Kenny s’assombrit : « Nous avons 7 ans, au mieux 10 », échéance au delà de laquelle la concentration de dioxyde de carbone sera trop forte pour inverser la tendance au réchauffement climatique. Journaliste engagé, auteur, producteur, résidant à Santa Fe, il est marié depuis 30 ans à la femme avec laquelle il cultive son jardin, sa vision. Entrepreneur à succès, humble, blagueur, dans son jean élimé et ses chaussures qui ne ressemblent à rien, il a tout de l’anti gourou. L’isolement du mouvement signerait sa mort. Au contraire, Kenny Ansuble et Nina Simmons sont à la recherche de liens. Ils prônent ouverture à l’autre, à l’inconnu, à l’interdisciplinarité. Pendant 3 jours, la biologie se mêle à l’anthropologie, les arts vivants à l’activisme social, le chamanisme à la chimie.

En 1989, la première conférence, à Santa Fé, rassemble 200 personnes. La question environnementale a du mal à percer, les acteurs sont isolés. Kenny et Nina visent la prise de conscience, s’intéressent aux innovations concrètes. Organisation à but non lucratif aujourd’hui dotée de 4 millions de dollars (donations et revenus), mise dans la lumière par Leonardo Di Caprio dans le film « la 11ème heure », Bioneers récolte les fruits de son travail de fourmi. Cette année, 2000 personnes sont venues à San Rafael, plus de 10 000 autres ont suivi les débats par satellites, dans 19 villes nord américaines. Le levier de Bioneers, les individus ; sa référence obsessionnelle, la nature ; son mantra, l’éducation ; son liant, la compassion. Évènements, édition, production audiovisuelle, programmes éducatifs : sous ses atours très flower power, Bioneers est une organisation puissante.

La conférence annuelle se veut « 0 déchet ». Symboles d’une collectivité auto-suffisante, des panneaux solaires éclairent la scène, des gâteaux sans gluten, des légumes à peine cuits font office de repas. Piercing, tatouages, poils sous les bras et odeurs se découvrent au grè d’un sourire, du vent. Les parfums sont proscrits, les marques absentes, le plastique interdit : la conférence chasse toute forme de pollution.

Entre Woodstock et salon du développement durable, les mamans yogis allaitent, des collégiens se dévorent des yeux sur les bottes de foin, des participants s’échangent des graines, diversifient leur jardin. Sortis de leur bocal en formol, des hippies tapent des mains dans la tente des indigènes. Quelques investisseurs et entrepreneurs de la Silicon Valley, qui s’étale de l’autre cote du pont, regardent cette foule bigarrée, d’abord amusés puis convaincus. L’heure est grave. Les oies sauvages décollent en rigolant de ce monde inquiet et profondément joyeux.

Les séances plénières du matin sont ponctuées de standing ovation, les ateliers très animés. Berkeley est tout près, sa tradition contestataire imbibée de féminisme aussi. La nocivité de l’American Way of life, et avec elle, de la domination américaine n’est pas un tabou. « Notre culture est notre produit d’exportation le plus toxique » rappelle Ann Leonard, réalisatrice du documentaire sur la sur consommation téléchargé plus de 1.5 millions de fois sur Youtube « the stories of stuff ». « Notre programme énergétique est le plus grand échec politique de tous les temps » assène, David Orr activiste environnemental qui publie ces jours « The 100 days action plan of the next US President».

Christine Loh, chinoise de Hong Kong, conseillère auprès du G8 sur les questions climatiques, balance à une audience obsédée par le changement climatique et la mort d’un certain impérialisme : « le développement économique de la Chine n’est pas négociable ». Madone au corps de puma de la bourse Hong Kongaise, elle poursuit « il faut que les États Unis et la Chine discutent seul à seul de leur désir d’hégémonie sur le monde. Et redéfinir ensemble ce que le mot développement ou plutôt « prospérité » veut dire ».

Erica Fernandez, 1.50 mètre de colère, raconte comment elle a fait capoter un projet de pipeline dans sa communauté de travailleurs mexicains dans le sud de la Californie. Elle a 18 ans.

Naomi Klein, acclamée comme une rock star, secoue les dreadlocks des backpackers assoupis sur leur fauteuil : « le capitalisme du désastre n’a jamais été aussi puissant. Le plan Paulson est une arnaque : il socialise les pertes, privatise les gains. Vous pensiez être soudainement propriétaires des banques. La même nuit, votre gouvernement est devenu un hedge fund ! » Barack Obama est sur toutes les lèvres, Naomi Klein met en garde : « avec le chèque en blanc à Wall Street, les républicains viennent de rendre impossible l’application de son programme ». Un chamane clôt la conférence, chasse le mauvais présage.

« Les espèces qui survivront ne sont pas les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux au changement” rappelle Kenny Ansuble. Bioneers dénonce une vision hyper masculine du monde, celle de la terre brulée. De la performance et de la conquête à tout prix. Les indigènes sont les professeurs du futur, la féminité une valeur d’avenir, l’émotion notre meilleure alliée. « Il y a une forme positive de colère, d’indignation » confie Nina Simmons, co fondatrice de l’organisation. Regard bleu caressant avant d’ajouter: « c’est celle qui rend vivant ». Le Titanic sombre, il n’y a pas assez de canots. Combien de tsunamis, de faillites, de marées noires faudra-t-il pour convaincre tout le monde ? Il faut passer de ce quelques poignées d’histoires matinées d’indignation et de l’envie de vivre au changement systémique. Cette crise est une opportunité, celle de réinventer notre façon de vivre. L’imagination est aujourd’hui plus importante que la connaissance. Les bioneers veulent y croire. On reste en Amérique. Do or die.

(5) Commentaire(s)

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